Roubo

Roubo, l’établi qui travaille tout seul…  Ou presque!

20161211_113815-copie

Matériaux

  • Planches de hêtre pour la table: 50mm d’épaisseur au minimum et 100mm de large au minimum, longueur: 2m minimum, idéalement 2.5 ou 3m
  • Planches de hêtre pour la presse frontale: quantité nécessaire pour obtenir un bloc de 900mm x 250mm x 70mm
  • Planches de hêtre pour le plateau inférieur: quantité nécessaire pour faire un plateau de 1300mm x 510mm x 25mm
  • Planches de hêtre pour le chariot: quantité nécessaire pour faire un bloc de 550mm x  210mm x 40mm
  • Planches de hêtre pour réaliser le piétement. 900mm x 100mm x 50mm
  • Planche de noyer de 20mm, 120mm de large, longueur identique aux planches de hêtre
  • Frêne en quantité nécessaire pour faire les languettes des taquets d’établi
  • Mécanisme pour presse frontale
  • Mécanisme pour chariot latéral
  • Chevilles
  • Système de fixation du plateau au piètement (plaque cintrée, vis à tête percée et insert à trouver en GSB)
  • Colle à bois
  • Huile de Tung

Outils à main

  • Scie à tronçonner
  • Scie à déligner
  • Grosse scie à dos à déligner
  • Scie à dos à tronçonner
  • Scie à queues d’arondes
  • Rabot à dégrossir
  • Rabot #5 1/2
  • Varlope #7 ou 8
  • Rabot de finition #4
  • Rabot de paume
  • Rabot à recaler
  • Planche à recaler
  • Racloir
  • Chignole
  • Vilebrequin
  • Forets de diamètre approprié
  • Forets Forstner
  • Râpe à bois
  • Wastringue à semelle plate
  • Wastringue à semelle courbe
  • Ciseaux à bois
  • Ciseau à queue d’aronde
  • Maillet
  • Guillaume
  • Guimbarde
  • Tourne-vis
  • Serre joints
  • Feuilleret
  • Tranchet
  • Equerres (de précision, à renvoi)
  • Crayon
  • Compas à pointes sèches
  • Réglet métal
  • Mètre ruban
  • Chiffons (confection d’un tampon pour l’application de l’huile)

 

Outillage électroportatif/d’atelier

  • Perceuse (remplace la chignole et le vilebrequin)
  • Défonceuse (remplace le feuilleret)
  • Dégauchisseuse-raboteuse (facilite le corroyage)
  • Domino ou tourillonneuse ou lamello (facilite la mise en place des pièces lors de l’assemblage face contre face des planches constituant le plateau)

Conception

Le travail du bois à la main, c’est chouette mais avec un bon établi, c’est tellement mieux…!

Ça saute aux yeux quand on commence à raboter à la pogne sur un établi de grande marque d’électroportatif.  Vous savez, le truc de fabrication un peu cheap que l’on s’offre quand on se met au bois, parce que c’est compact, léger, et ça prend très peu de place une fois rangé…
Et je ne vais pas vous cacher que cet établi en tôle pliée m’a sauvé la mise dans mon petit appartement du centre ville de cette capitale régionale.  Ne comptez donc pas sur moi pour cracher desssus…!
Il n’empêche que le problème est bien là: c’est compact et léger…  Et comment on fait quand on veut travailler de longues pièces?  Et comment on fait, nous, quand l’établi commence à faire des sauts de cabri à travers la pièce sous les coups de rabot?

Il n’y a pas des masses d’options: il faut impérativement quelque chose de plus grand, plus costaud et de plus, de bien plus massif!
Ça rend le rabotage et le reste du travail bien plus efficace puisque l’énergie que l’on met dans l’outil à la force des bras n’est plus perdue dans le déplacement ou la déformation du plan de travail mais est intégralement transmise à la pièce et donc entièrement utilisé à la coupe…

J’ai pourtant essayé tout ce qui était imaginable pour entraver la course folle de l’établi trop léger: mettre des objets lourds devant les pieds, l’attacher à un point fixe…  C’était un tantinet mieux mais la bête fougueuse n’avait qu’une envie, celle de retrouver sa liberté à l’instar d’un jeune mustang à peine débourré…!
Et j’en suis maintenant convaincu, un établi massif est le tout premier outil qu’il faut se fabriquer.  C’est par là qu’il faut commencer parce qu’il n’y a pas meilleur moyen d’apprendre les techniques essentielles à mettre en oeuvre pour sa construction et  qui serviront bien plus tard pour la fabrication d’autres meubles et objets en bois.  D’ailleurs ça tombe bien: vous pouvez parfaitement vous planter puisque cet établi n’aura pas vocation à embellir votre intérieur…!  A moins que vous n’habitiez un T2 et là, c’est une autre histoire… 😉

Quoiqu’il en soit, le constat à postériori est sans appel: pour le travail du bois à la main, un tel établi, c’est le jour et la nuit !

Alors il se trouve qu’au cours de sa réalisation, j’ai déménagé…
Déménagé dans une petite maison de la campagne environnante plus spacieuse qui permettra surtout à terme d’avoir une pièce dédiée au travail du bois.
Cela vaut-il le coup de mettre un terme à ce blog et entamer un autre blog du style « countrysidewoodworks »?
Que nenni!
En effet, je conserve pour le moment, en attente de travaux, une surface réduite ainsi que cette contrainte importante de compacité de l’atelier qui amène inévitablement à travailler à la main.
Le lieu change mais les contraintes et les solutions restent les mêmes!

Alors quel établi choisir?

Je pense que le message est clair et bien passé: le besoin d’un établi est bien identifié.
Il reste maintenant à répondre aux questions fondamentales: on réinvente l’établi ou on reprend une conception classique?  Quel type d’établi?  Quelle essence?  Quelles dimensions?  Quelle accessorisation?

Quand on commence à creuser la question, la littérature est plutôt pauvre dans la langue de Molière et il faut se tourner vers l’autre côté de l’atlantique pour trouver des ouvrages plus que complets sur ce sujet.  J’en ai parcouru deux principaux:

  • Workbenches, from Design and Theory to Construction and Use
  • The Workbench Design Book, the Art and Philosophy of Building better Benches

Ces deux livres sont de Chris Schwarz (les habitué de ces pages se souviendont qu’il s’agit du même auteur de the Anarchist Toolchest).  Des informations très pertinentes et un style inimitable et très agréable…  Bien évidemment je ne vais pas condenser en un article le contenu des deux livres qui couvrent la question.

Du coup, on réinvente l’établi?

Eh bien je vais faire mon modeste sur ce coup-là: des générations d’artisans m’ont précédé et ne m’ont pas attendu pour concevoir des établis pratiques et fonctionnels…   Ces générations ont été confrontées à la problématique de travailler une pièce sur les 6 faces, de la maintenir sur une surface plane pour corroyer un morceau de bois à la section voulue, creuser une mortaise, etc…  Alors évidemment que je ne vais rien inventer et je risque même de détériorer une conception déjà parfaitement éprouvée…

Ce n’est pas de la frilosité ou un quelconque réflexe réactionnaire, c’est une confiance en ce processus évolutif qui amène à une architecture et une ergonomie parfaitement adaptée.

Quel type d’établi, donc?

J’en ai retenu quatre différents:

L’établi Allemand ou Scandinave

255333-438x

Il s’agit d’un établi massif avec une table épaisse et une presse frontale peu épaisse qui généralement traverse un « L » pour maintenir la pièce sur le chant de la table.  C’est une protubérance importante pour qui cherche à gagner de la place dans un atelier et la largeur du mors limite l’épaisseur de la pièce à travailler.  La construction nécessite un cinquième pied et même si ce n’est pas une conception à rejeter en bloc, elle n’est pas forcément adaptée à mes besoins.

L’établi Anglais

1444254752605

C’est un établi quelque peu plus léger dont la table redescend sur ses flancs, un peu comme un tablier.  Le maintien vertical des pièces se fait à l’aide de valets et je le trouve plutôt joli cet l’établi…  C’est une conception inhabituelle et plutôt sympathique qui me semble plus destinée à du travail un peu plus fin, moins bourrin…  Pas pour cette fois donc, mais il me fait de l’œil 🙂

L’établi de type shaker

nu7hyk5

Si je devais caricaturer, c’est une commode avec un plateau épais.
Si le concept est séduisant sur le papier avec les nombreux rangements et tiroirs qui viennent combler l’espace libre entre le plateau et le piètement, j’ai la ferme impression qu’à l’usage, les valets risquent de buter sur les tiroirs et autres accessoires se trouvant sous la table…  Pratique sur le papier, je reste sceptique quant à son avantage à l’usage.

L’établi français, type Roubo

135235dC’est un établi massif simple, dénué de tout accessoire futile.  La table est épaisse, une presse frontale, un chariot latéral.  Des versions sont même équipés d’une planche qui se trouve emboitée au milieu de la table et joue au choix le rôle de butée lors du corroyage ou le rôle de porte outil.  C’est le dernier de la liste et c’est celui que j’ai choisi.
Et ça tombe bien d’ailleurs: les américains sont fous de cet établi qui a été conçu par André-Jacob Roubo (ébéniste français du XVIIIème siècle, siouplé!) et par conséquent, le net fourmille de plans!

Quelle essence?

Eh bien, il n’y a pas de mystère…  Dans l’idéal, l’essence la plus dure, qui offre le bois le plus solide, le plus stable, le moins nerveux et le plus lourd.
Ça c’est l’idéal.
Mais, tout n’est qu’une question de compromis, d’opportunités et d’épaisseur du portefeuille.
Globalement, toute essence peut faire l’affaire si l’on exclut les résineux de pousse rapide (le bois de printemps est trop mou pour cette application).
Les bois nerveux, à moins qu’ils ne soient parfaitement secs et à l’hygrométrie de la pièce où l’établi sera exploité, seront également écartés: les grosses épaisseurs mises en jeu pour le plateau induit des risques de fissures d’autant plus importantes que le bois est nerveux et non acclimaté.

Du fait de ses fibres très entrelacées, de la dureté* de sa surface, de sa densité et de sa solidité, j’ai opté pour du hêtre que j’ai trouvé chez un négociant sous forme de planches brutes dont il voulait se débarrasser.

Ça tombe bien, je voulais faire un établi 😉

* La dureté est la propriété que possède un matériau de résister à une marque engendrée par un autre matériau (rayure ou pénétration).
En pratique, plus le bois sera dur, moins il marquera si on laisse tomber un ciseau ou si on l’entaille par mégarde avec un outil.

Quelles dimensions?

Alors là, tout dépend de la place disponible (et accessoirement de la longueur des planches que vous achetez :)).
La longueur, à vrai dire, importe peu mais il faut bien avouer que plus l’établi est long, plus il permettra de travailler des pièces de grandes dimensions (de type montant de portes, etc…).  Tablez sur un 2m et poussez jusqu’à 3m50, si vous en avez la possibilité.

La largeur, quant à elle est un invariant.  60cm (éventuellement 70cm) est une largeur raisonnable.  Dites-vous bien qu’un établi plus large n’est pas forcément plus ergonomique: l’espace utilisé reste concentré sur le devant de l’établi et non en profondeur.  Le mien fait 60cm et c’est bien suffisant.

Enfin, et là on touche à l’objet de toutes les spéculations, la hauteur.
Aaaaah la hauteur…  Est-ce qu’on le fait haut, cet établi, au risque de se mettre sur la pointe des pieds pour raboter (et perdre d’autant plus de force dans l’opération), ou bas, au risque de terminer avec un dos cassé?
Je me suis contenté de partir sur un 90cm.  C’est une mesure qui revient souvent dans le livre de Schwarz (36″=36 pouces équivalent à 91cm).  Ça revient de mon côté à une hauteur équivalente à celle de l’os externe de l’articulation du poignet…  vous savez, celui sur lequel le bracelet de montre bute.  Et à l’usage, je trouve que c’est une bonne hauteur…  Eventuellement, je pourrais le monter de 2 ou 3 centimètres (je fais 1m84).  De toute manière, il est tout à fait possible de prendre des pieds plus longs de 5 ou 10 centimètres et de les raccourcir au besoin.

Quelle accessorisation?

En ce qui me concerne, le minimum syndical consiste en une presse frontale, un chariot latéral (avec les taquets qui permettent de tenir une pièce) et un ensemble de trous qui accueilleront avec grand plaisir les valets.  Ah, et puis un chariot en face avant pour éviter le porte à faux sur le rabotage sur chant des pièces longues.
Considérations personnelles mises à part, l’accessorisation de l’établi est devenu un marché, et même un marché prospère outre atlantique.  Il y a pléthore de petite pièces et autres valets modernes qui sont d’une qualité de fabrication très souvent irréprochables mais qui coûtent un bras et auxquelles un bon vieil accessoire classique et un peu d’organisation palliera amplement.

Quelques pistes évidemment non exhaustives pour accessoriser votre établi:

Rentrons maintenant dans le détail de la construction de l’établi:

En préambule, il faut bien prendre conscience que c’est un meuble qui va prendre cher, très cher…
Entre le rabotage et le creusage des mortaises, les chocs vont se succéder, et ce, dans toutes les directions…  Autant dire que TOUT doit être mis en place pour que ce meuble soit un panzer de l’ameublement d’atelier!
Et détail qui a son importance, cet établi doit être parfaitement démontable afin de pouvoir déménager seul ce monstre de 150 à 180Kg.

Je me suis basé sur des plans glané sur internet.
L’établi est composé d’un piètement lui-même composé de deux cadres et de deux traverses en longueur qui sont jointes aux cadres par tenon et mortaise renforcées à l’aide de boulons et d’inserts.  C’est du costaud et ça ne bougera pas!!!

20150529_123142

20161211_113955

Les cadres sont eux fabriqués à l’aide de deux pieds robustes (9x13cm) joints en haut et en bas par deux traverses.  Les assemblages se font par tenon-mortaises à nouveau, collés et chevillés.  Ça ne bougera pas non plus!

Chaque poteau est coiffé d’un petit tenon qui s’accouplera avec une mortaise située sous le plateau et assurera leur immobilité relative.  La liaison avec le plateau est réalisé à l’aide d’inserts à visser.
Noter que les pieds sont pourvus de trous qui permettent de ranger les valets lorsqu’ils ne sont pas utilisés.  J’ai donc choisi de percer les pieds du fond pour éviter toute interférence avec la presse frontale ou le chariot vertical.

 

20161211_114050

Le plateau de 10cm d’épaisseur est coupé en deux dans la longueur et permet l’installation d’une planche creuse.  Cette planche, en désaffleur du plateau de 2cm environ,  peut, à l’aide d’entailles à mi-bois de cette même profondeur, soit rester à fleur du plateau et accueillir dans ses rainures des outils qu’on veut garder sous la main ou bien justement désaffleurer pour bloquer les planches lorsque l’on souhaite raboter à travers fil, auquel cas la planche est décalée sur la droite ou sur la gauche et elle repose sur les traverses hautes des cadres du piètement.

20161211_113925

Chaque demi-plateau est quant à lui un encollage de planches de 10 à 12cm de largeur en face contre face.  Le plateau avant est pourvu d’une planche qui a été évidée et qui accueillera les taquets pour la presse à chariot.

20160623_175824

La planche de bout de la table frontale est maintenue par un assemblage à tenon et mortaise traversé de deux vis et deux inserts, d’une part et par une liaison en queue d’aronde borgne d’autre part.  C’est sur cette planche que la mécanique du chariot va transmettre les efforts de serrage des pièces.  Les liaisons doivent être d’une robustesse à toute épreuve.

20161211_115022

Le chariot, tant qu’on en parle, est une mécanique simple et (donc) robuste.  Il est composé d’une tige filetée horizontale qui reste à demeure et tourne dans le plateau.  Cette tige meut un chariot guidé par des rails installés sous la table.  Il porte un bloc de bois qui accueille un taquet unique.
Ce sont le chariot et le taquet qui permettront de bloquer les pièces à corroyer sur le dessus de la table

20161211_114118

La presse frontale est une grosse spatule verticale qui porte une vis sans fin qui, elle, vient s’insérer dans un insert situé à l’arrière du pied avant gauche (c’est pour la version droitière, les gauchers placeront cette presse frontale à droite).

Un dispositif en forme de croix de Saint-André permet de maintenir la presse parfaitement parallèle au pied…  Exit la petite planche à trous qu’il faut régler pour l’adapter à l’épaisseur de chaque pièce.  C’est tellement plus pratique qu’on oublie même que le dispositif ancestral de la planchette l’avait précédé.  Non, cette croix, c’est de la balle: c’est super intelligent et simple à la fois…  C’est beau!

20161211_114416

Un chariot vertical percé coulisse sur le devant de l’établi, dans le plan d’appui de la presse frontale.  Ce chariot a pour vocation à reprendre le porte à faux des longues pièces que l’on souhaite raboter sur chant.
Il est repris en haut dans une rainure du plateau et en bas, il s’assoit sur un tasseau de section triangulaire.

20161211_114444

Enfin, des planches viennent fermer le piètement et permettent de créer un plateau qui laissera la possibilité d’entreposer des outils en cours d’utilisation ou des gabarits et autres planches à recaler.

20161211_114142

Ceci étant dit, c’est bien beau la théorie…
Du coup, vous je ne sais pas, mais moi je n’ai pas rentré du bois pour tailler des allumettes…  Alors on passe à la fabrication… gaz!

Réalisation

La réalisation d’un tel ouvrage est physique et nécessite d’avoir une bonne condition et/ou d’avoir de l’aide: les pièces à manipuler peuvent peser jusqu’à 40 à 50Kg, peut-être plus.
Munissez-vous de tréteaux solides (très solides, dois-je insister) pour entreposer les pièces lorsque vous ne les travaillez pas.

On commence donc par le commencement: au tout début, il y a la planche, la planche brute…

20140523_093937

Beaucoup de planches brutes…

20140523_092823

Si vous l’avez manqué, un article traite déjà de l’étape de corroyage, à lire ici.
Le corroyage est une étape essentielle: il faut tout particulièrement soigner la planéité, l’équerrage entre les faces.  Les assemblages vous remercieront!

Le piètement

Le piètement…?  Ben c’est la base.  Le socle sur lequel l’établi s’assoira.

Les poteaux sont constitués de trois planches de 100mm par 50mm dont deux sont collées face contre face et la troisième est elle encollée par la face sur les chants des deux autres.  Le tout est raboté pour ramener cette pièce à la section désirée.

Dans ce cas, ce n’est pas judicieux de corroyer les pièces directement à la section mais à raboter dans un premier temps les faces qui vont être encollées à chaque étape de la fabrication du poteau pour terminer et mettre le poteau ainsi constitué à la section.
Ça a l’avantage de s’épargner du travail.

20140530_101919

Après la découpe du débit, il y a l’opération de rabotage, de la face de référence, du chant de référence.

20140529_190653

20140529_152234

20140529_184820

L’encollage se fait alors face contre face.

20140527_121737

20140527_121716

20140531_125803

Veiller à appliquer suffisamment de colle de manière à ce que les deux surfaces soient parfaitement enduites.  Point trop non plus, sinon le joint sera fragilisé.  Il faut qu’une fois sous presse (serre-joints), quelques gouttes se forment sur le pourtour du joint.

20140531_164113

Un rouleau est utilisé pour uniformiser la colle sur l’ensemble de la surface.

20140531_164304

Puis opération serre-joints…

20140530_152233

20140602_083351

Une fois la colle sèche, on commence l’opération rabotage (ici avec un rabot à dégrossir).

20140604_112754

Le travail sur le pied commence alors: inscrire un tenon en bois de bout qui sera couronné par une demi-table, façonnage des deux mortaises pour les petites traverses supérieures et inférieures ainsi que la mortaise qui accueillera la traverse longue.

Mais avant, il est nécessaire de donner un sens aux débits, c’est à dire de les disposer de telle manière que les faces et les chants de référence soient à l’intérieur du meuble.
Bizarre, non?

20140618_112706

Eh ben pas tant que ça: ça permettra de s’assurer que les faces et les chants qui accueilleront les mortaises soient bien perpendiculaires et parallèle entre eux et, pour peu que les tenons des traverses soient bien taillés et les épaulements bien perpendiculaires aux faces et chants, cela garantira la rectangularité parfaite du piètement.

Les tenons se taillent de la même manière suivante:

  • Tracer l’assemblage au tranchet et au trusquin (les épaulements et les lignes qui délimitent les joues du tenon)
  • On peut, si l’on n’est pas certain de son trait de scie, marquer le bois à l’aide d’un ciseau.  En effet la scie prend le chemin le plus facile, c’est à dire (si tant est que le bois soit homogène) le chemin où il y a moins de bois.
  • On scie les joues sans arriver jusqu’à la ligne de base qui n’est autre que  l’épaulement du tenon (gare à la méchante trace sur la face!) en laissant un poil de gras.
  • On scie les épaulements en laissant, là également, un peu de gras.
  • A l’aide d’une guimbarde, on travaille les joues.   Celà nous assure des joues parfaitement parallèles aux faces sur lesquelles la guimbarde s’appuie.  D’où l’importance du corroyage: si les deux faces opposées ne sont pas parallèles, le tenon sera de guingois!
  • A l’aide d’un guillaume, on vient rogner le gras sur les épaulements en s’appuyant sur les joues ainsi travaillées.  On a alors un épaulement parfaitement propre et d’équerre avec la joue.
  • Un petit coup de ciseau pour casser les arêtes et faciliter l’assemblage à blanc, un autre pour rendre légèrement concave l’épaulement du tenon et le tour est joué!

Noter que si le tenon est trop long, on risque de ne pas avoir suffisamment de surface d’appui pour la semelle de la guimbarde.  Il suffit alors de procéder en plusieurs étapes en appliquant la méthode décrite ci-dessus et en rognant petit à petit la pièce du bois de bout à l’épaulement sur des longueurs compatibles avec l’emploi de la guimbarde et en conservant l’étape du guillaume pour la fin.

20150522_104004

20150522_113402

20150522_122049

20150522_124600

Des assemblages à blanc permettent de s’assurer de la justesse des assemblages.

20150519_193948

Les mortaises des cadres latéraux sont creusées au bédane et les assemblages sont collés et chevillés pour conférer un maximum de robustesse aux composants de l’établi.

Des trous sont pratiqués dans la longueur des grandes traverses afin d’y installer le système de fixation à boulons et inserts permettant le démontage de l’établi pour le déménager au besoin.

Le piétement est maintenant terminé.

20150529_123142

 

La presse frontale

La presse frontale, organe essentiel de l’établi n’est rien d’autre que l’assemblage face contre face de planches de longueurs adaptées qui permettront de façonner la forme voulue.

Les planches sont disposées avant collage.  Un signe d’établissement permet de repérer l’ordre des planches qui la composent (un petit bonjour à Clataclop au passage…!).

20140614_165205

Pour le collage, il vaut mieux attaquer par les quatre planches de la partie centrale, ce qui simplifie l’opération de serrage, puis on procède avec les deux planches externes.

20140614_172545

20140615_160045

20140616_105611

Une fois la colle sèche, un coup de rabot pour établir une face de référence ainsi que la face parallèle permettent de faire progresser la pièce vers quelque chose de plus aboutit: il ne reste plus qu’à lui donner la forme finale.

20140616_122300

20140616_131820

La forme finale s’obtient, un peu comme pour un assemblage à mi-bois, en pratiquant des traits de scie jusqu’à une ligne de base, à la fois sur la partie inférieure de la presse (partie resserrée) et sur la partie supérieure (partie arrondie).

Un coup de ciseau à bois, permet d’obtenir une surface rugueuse mais proche des dimensions finales.  On poursuit ensuite à la râpe pour obtenir la surface finale que l’on peaufine à l’aide d’une wastringue puis d’un racloir.

20150826_161202

20150826_173838

Tant qu’on y est, on en profite pour tracer la mortaise qui accueillera la croix de Saint-André du mécanisme de presse.

20160131_210640

On creuse la mortaise et c’est plié pour la presse frontale.

20160324_104345

Noter que cette mortaise correspond au mécanisme criss-cross de chez benchcrafted.  Et quel que soit le fabricant de votre mécanique de presse, il est essentiel de bien suivre les instructions de montage.  Ici, la profondeur de la mortaise et l’équerrage des parois (en particulier la paroi supérieure) sont critiques.

Le plateau

Le bois est sélectionné pour son grain le plus rectiligne possible.  En effet, étant donné les épaisseurs mises en jeu, un grain torve, torturé, voire présentant des noeuds, va entraîner des contraintes très importantes pouvant engendrer des fissures si le bois travaille à cause d’un changement d’hygrométrie.

Que l’on parle du demi-plateau avant ou du demi plateau arrière, la méthode de fabrication diffère peu: il s’agit d’un sandwich face contre face de planches de 10cm de largeur pour 5cm d’épaisseur mises sur chant.

Le demi-plateau avant est quant à lui quelque peu plus complexe puisqu’il est constitué d’une planche présentant des trous traversants verticaux qui accueilleront les taquets, d’un chariot et d’un bloc placé en bois de bout qui sera assemblé à la table avec d’une part un tenon renforcé de boulons et d’inserts et d’autre part des queues d’aronde borgnes en partie avant.

Les planches des demi-plateaux sont tout d’abord corroyées puis disposés pour obtenir le rendu final.  Elles sont numérotées et un signe d’établissement permet de définir leur disposition dans la largeur du plateau.
Un trait perpendiculaire judicieusement placé sur chacune des planches permettra de déterminer la disposition longitudinale des planches.

Au besoin on utilisera des chevilles, des dominos ou un autre dispositif qui permettra d’aligner et éviter que les planches ne glissent au collage (des pointes coupées à la tenaille au ras de la face des planches mais placées et loin des faces du plateau peuvent faire l’affaire).  Ces moyens d’alignement seront disposés du côté du contre-parement: le parement sera raboté tous les ans pour ré-applanir un plateau qui aura un peu travaillé.

Le collage commence et comme dans la vie il faut savoir être généreux, non pas sur la colle (un joint trop épais va fragiliser l’assemblage, un joint trop mince affaiblira l’assemblage), là il va falloir donner, donner et redonner du serre-joint qui seront disposés alternativement de part et d’autre des planches à coller (j’ai remarqué que sous la pression, la barre du serre joint a tendance à quelque peu fléchir, faisant bailler le joint extérieur de colle).

20160201_102609

Pour le demi-plateau postérieur, on répète  cette opération autant de fois qu’il le faut pour constituer la largeur attendue et une fois la colle sèche, on rabote pour obtenir une planéité parfaite.  Noter que dans un premier temps, c’est bien le dessous du plateau qui est raboté: une fois les deux plateaux mis en place sur le piètement, la surface sera entièrement aplanie dans son ensemble (plateau antérieur, plateau postérieur et planche porte outils).

20160312_121044

La partie antérieure du demi-plateau avant est constitué de la même façon.  La partie un peu plus technique réside dans la fabrication de la planche à taquets, du bloc en bois de bout et la queue d’aronde borgne.

Mais commençons par le chariot latéral.
Il est constitué de deux planches, l’une épaisse comportant une entaille à mi-bois qui accueillera le taquet et l’autre, plus mince, venant coiffer et fermer cette entaille (par collage).

Géométriquement parlant, cet orifice ainsi constitué fait 3cm de large en partie basse, 3,5cm en partie haute (un renfoncement viendra accueillir la tête du taquet) et se situe à 2.5cm du bord sur la partie supérieure du chariot, dans le sens de la longueur.

On commence par le tracé de l’orifice qui viendra accueillir le taquet en mettant un angle de 2° sur les parois verticales, afin que le haut de l’orifice soit plus proche des taquets du plateau que le bas de l’orifice.

20160128_174945

Après avoir mis des coups de scie dans l’orifice, le bois est évidé à l’aide d’un ciseau à bois.

20160128_183225

Puis travaillée à la guimbarde pour obtenir un plan parfaitement lisse.

20160128_183751

20160128_184940

20160128_185034

Le bout du bloc présente une forme en « L ».  Deux traits de scie, un nettoyage au ciseau à bois et le tour est joué.

20160128_214355

Il ne reste plus alors qu’à coller la planche de petite épaisseur pour fermer l’orifice et la travailler pour lui donner la bonne forme.

20160128_215203

La planche à taquets, à l’instar du chariot est constituée de l’assemblage d’une planche épaisse et d’une planche plus fine.

20160130_093945

Elle n’est rien d’autre qu’une succession d’entailles à mi-bois, identique à celle du bloc du chariot latéral.
La géométrie des entailles à mi-bois reste identique à celle du chariot et l’angle de 2° est également imprimé aux orifices de telle sorte que le haut des orifices du plateau soient plus proches du chariot que ne le sont le bas des orifices du plateau.
Noter que les taquets sont implantés avec un pas de 16cm sur le plateau, ce qui correspond à la moitié de la course de la surface d’appui du taquet du chariot latéral.

On attaque le tracé (fausse équerre et tranchet pour la face, trusquin et équerre de précision pour le chant et deux compas à pointes sèches pour reporter les distances):

20160130_104641

20160130_104704

20160130_122858

Le ciseau à bois est alors employé pour approfondir les marques du tranchet et guider la lame de la scie.

20160130_122909

20160130_123954

On procède ensuite à la découpe comme pour une entaille à mi-bois: traits de scie, ciseau à bois pour évider le gros de la matière puis guimbarde pour aplanir le mi-bois.

20160130_134341

20160130_141238

20160130_141821

20160130_143717

20160130_152835

Les traits de scie se font légèrement, très légèrement rentrants, c’est à dire plongeants vers l’intérieur du mi-bois de telle manière que l’on puisse reprendre les flancs au ciseau à bois pour en rectifier l’équerrage, ce qui garantit qu’ils fassent tous la même largeur.  Ça facilitera la taille des taquets qui viendront s’y loger!

20160131_102240

On colle alors la planche à taquets et la planche fine pour la refermer.

20160131_115155

Le collage avec les autres planches sur chant composant le plateau antérieur se fait à la suite:

20160304_114928

Le sandwich est raboté:

20160228_170712

20160228_190009

Et on attaque maintenant la partie technique de l’affaire: la planche de rive et le bloc de bout.

Il s’agit là d’un assemblage à queue d’aronde non traversant.

Tout comme un assemblage à queue d’aronde, il vaut mieux commencer par les queues qui permettront un report plus facile pour tracer les tenons sur le bois de bout du bloc.

Traçage:

20160201_114841

Découpe tout d’abord à la scie puis le ciseau à bois permet de fignoler en s’assurant du parfait équerrage entre la face de la pièce et le plan de coupe (il s’agit d’une condition nécessaire pour obtenir un assemblage propre).

20160201_160723

Une feuillure de 2mm maximum est réalisée sur le contre parement sur la planche des queues, sur toute la surface des queues.  Cette feuillure permet de cacher, une fois l’assemblage en place, le joint quelque peu disgracieux des queues et des tenons.
Noter que cette feuillure est utile lors du report des queues sur les tenons afin de bien caler les pièces entre elles en poussant le bloc des tenons sur l’épaulement de la feuillure.

Vu l’épaisseur conséquente du bloc de bout, il est constitué de deux planches collées face contre face et mises à la section.  Les queues sont donc reportées sur le bloc de bout et la découpe peut commencer à la scie à dos.

20160305_181306

Les tenons sont alors évidés au ciseau puis au ciseau à queues (en forme de queue de poisson ou biseauté).  D’une certaine manière, seule la partie du parement doit faire l’objet d’un soin particulier.  La partie de l’assemblage se trouvant dans la pièce peut dans une certaine mesure être un poil plus lâche étant donné qu’elle ne se verra pas (sic!!!).

Vient alors l’opération d’assemblage puis de rectification du bloc pour accueillir les queues.

20160306_091355

Vieille astuce de sioux: noter que les queues sont volontairement quelque peu protubérantes.  Un coup de rabot assurera ensuite un affleurement parfait!

 

Un tenon est ensuite pratiqué en bois de bout du sandwich constituant le plateau antérieur, tenon qui accueillera le bloc à queues.
Une large et longue feuillure est pratiquée sur la partie inférieure du plateau pour accueillir la mécanique de la presse latérale.

20160306_091300

20160306_092039

20160306_092100

20160306_092852

20160306_095641

20160306_100716

20160306_104746

Noter que le tenon a été raccourci entre temps (c’est du manque d’anticipation ça, du manque d’anticipation!!).

Il suffit alors de présenter la planche de bord et le bloc à queues assemblés entre eux pour reporter l’emplacement de la mortaise dans la longueur du bloc.  Deux coup de trusquins permettront de déterminer la largeur et la position de la mortaise à tailler.

20160306_122243

A cette étape, il est important de percer les trous sur le bloc de bout et sur le plateau avant, trous qui recevront les vis permettant de maintenir le bloc bien en place sur le tenon du plateau qui vient d’être réalisé.  Sans ces vis et sans les queues d’aronde, point de serrage avec la mécanique de presse latérale..!

Pour terminer le plateau avant, il reste maintenant à mettre le bloc de bout en place et coller la planche à queues sur la face avant.  Rien de plus.
Ah si…  Il reste la mécanique de la presse à installer mais ça c’est pas bien méchant: il suffit de suivre les instructions du constructeur.

20160330_081329

Les deux plateau sont à ce stade des sandwichs de planches qui ne sont encore ni mis à la longueur, ni assemblés au piètement.
Eh bien c’est ce qu’on va s’atteler à faire.

Deux lignes perpendiculaires au chant sont tracées de part et d’autre du plateau.  Ces lignes montrent le trait de scie qui viendra mettre à la longueur et d’équerre le bois de bout des demi-plateaux.  Ce trait permet d’avoir une référence pour le positionnement des plateaux sur le piètement.

Parlons-en justement: le plateau doit être positionné de telle manière que la mécanique de presse latérale soit libre et n’interfère pas avec les traverses hautes du piètement.

J’ai donc, pour la longueur de plateau de mon établi (205cm), un débord de 56cm côté mécanisme de presse latérale (distance minimale quelle que soit l’établi) et 18cm côté presse frontale.  Ces distances dépendent évidemment du type de presse latérale choisie.

Les plateaux viendront coiffer les tenons du piètement, ce qui permettra, si tant est que l’assemblage soit ajusté, que le plateau soit immobile par rapport au piètement.

Le plateau est présenté devant les tenons pour en localiser l’emplacement, puis, pour chaque tenon,  la largeur est prise au compas à pointe sèche.  Le trusquin et l’équerre permettront de tracer l’ensemble de la mortaise à creuser.

20160313_110148

 

20160313_135601

20160313_135940

Je donne au trusquin 1mm de gras pour faire entrer la mortaise de 1mm dans la largeur de la pièce et ainsi obtenir 1mm de désaffleur du chant du plateau par rapport au parement du piètement.
A quoi ça sert??
Pour assurer un affleurement parfait, il suffira de raboter de 1mm le chant du plateau.

20160313_140347

20160313_104821

Une fois les deux mortaises creusées, on passe à l’ajustement pour s’assurer d’un assemblage qui se fait « au coup de casquette »:
Les joues du tenon sont bariolées de crayon qui permettra de voir où l’assemblage force et permettra de retirer de la matière où le trait est mâché.

20160313_114201

20160313_114515

20160313_115244

Notez qu’une rainure est creusée sous le plateau avant entre les deux mortaises pour accueillir la feuillure du chariot vertical (cf. plus loin).

La planche porte-outils

La planche porte-outil est débitée dans une planche de noyer, essence sombre s’il en faut, pour faire contraste avec la clarté de la teinte du hêtre.

20160312_153214

20160312_162011

Les planches sont alors rabotées et le petit débit (au premier plan ci-dessus) est tronçonné puis recalé pour maintenir une distance identique entre les deux grandes planches sur l’ensemble de leur longueur.
Noter que le petit débit a été raboté à l’épaisseur nécessaire pour que l’espace laissé entre les grandes planches permettent d’accueillir les outils sans qu’ils ne tombent.  Ici, 20mm d’épaisseur pour les grandes planches, 15mm d’épaisseur pour les petites planches.
Ces petites planches sont ensuite collées dans un premier temps sur l’une des deux grandes.

20160314_080214

Et le sandwich final est réalisé en collant la grande planche par dessus.

20160314_215823

Finalisation du plateau

On a les deux plateaux, on a la planche porte outils, il reste maintenant à mettre tout cela en musique:  fixer, ajuster mettre à la longueur.

La somme des largeurs des deux plateaux, de la planche porte outil ne doit pas dépasser la largeur du piètement…  Et pour ça on va un peu tricher.
En effet, on va tout d’abord mettre en place les deux plateaux et évaluer l’épaisseur de bois à raboter sur le chant intérieur du (des) plateaux.

20160313_155708
On cherchera évidemment à centrer au mieux la planche porte-outils, encore que je l’ai volontairement décentrée pour que le rabotage à travers fil se fasse le plus proche de soi et si je devais avoir à raboter une planche large à travers fil, je passerai de l’autre côté de l’établi.

Un petit coup de trusquin sur le chant intérieur, du rabotage, un essai plus tard…

20160315_072624

Noter le choc sur le plateau en premier plan.  Ce type de dommage se rectifie facilement à l’aide d’un linge humide appliqué sur le creux et un fer à repasser: la vapeur pénètre dans le bois puis se dilate à la chaleur du fer, effaçant complètement le « poc ».

La planche à outil est alors mise en place puis rabotée pour obtenir une surface propre.

20160319_091656

Ensuite, la planche porte outil en place, les marques sont prises au niveau des traverses supérieures du piètement pour les entailles à mi bois qui permettront de mettre la planche porte-outils à fleur du plateau: un coup de tranchet de part et d’autre des traverses sur le dessous et un coup de trusquin sur le dessus permettront de déterminer les dimensions de l’entaille.
En effet, ce qui dépasse au dessus, c’est exactement ce qu’il faut retirer en dessous pour que l’affleurement soit parfait.

Pour que l’établi soit démontable, le plateau est fixé sur le piètement à l’aide d’inserts identiques à ceux utilisés pour le lit bättik.  Deux par plateaux et par traverse supérieure.

La mise à longueur des éléments du plateau se fait en quatre étapes: tracé, marquage au ciseau à bois, sciage puis rabotage.

Le tracé se fait à l’aide d’une équerre de grande dimension et d’un tranchet.

20160329_104419

20160329_104525

On marque ensuite le trait à l’aide d’un ciseau à bois en enlevant un petit copeau.

20160330_085512

20160330_085735

Des traits de scie sont donnés sur les quatre côtés.

20160329_094529

20160330_090243

20160330_091114

Le bois de bout est mis à nu.

20160330_091500

Puis raboté au rabot à angle faible plus adapté que le rabot classique au bois de bout.

20160330_092026

20160330_110243

20160330_114807

La surface du plateau est alors rabotée pour obtenir une planéité parfaite.

20160330_105638

On en profite pour percer la pelle de la presse frontale et travailler la mortaise du poteau qui recevra son mécanisme (à nouveau, suivre les recommandations du fabricant).

20160324_114023

20160324_154045

La presse frontale est montée et le plateau est ensuite huilé à l’huile de tung qui a pour propriété d’augmenter la dureté de la surface avec le nombre de couches qui sont appliquées.  Quatre paraît un minimum pour ce que l’établi va subir.

20160330_122850

20160330_124639

 

Fabrication des taquets

Les taquets sont fabriqués en hêtre avec une languette ressort sur le flanc qui assure leur maintient en position.  Cette languette est en frêne car cette essence possède de très bonnes propriétés de flexibilité et d’élasticité.

Les languettes sont débitées à l’aide de traits de scie en bois de bout d’une planche de frêne donc.  2mm d’épaisseur est un max mais il sera possible de venir affiner pour obtenir plus de flex.

20160622_205010

Les corps des taquets sont débités de sections de hêtre préalablement rabotées et recalées.

20160622_164319

La découpe est tracée.

20160622_175039

La guimbarde sera l’outil permettant de creuser le profil.  Pour cela, 4 coups de ciseau sont donnés dans la longueur, délimitant 4 « carrés » à enlever, mais sans aller jusqu’à la ligne de base.

20160622_185900

Pour chaque carré, le gros du bois est enlevé au ciseau.  Un coup de ciseau en bois de bout, ça va tout seul, il faut néanmoins faire attention à l’orientation des fibres: si elles sont plongeantes, on risque d’aller au delà du trait escompté.

20160622_191716

Les carrés restant sont les plans sur lesquels on assoira la guimbarde pour obtenir une surface propre et de profondeur voulue.

Noter que le même procédé est utilisé sur le côté pour installer la languette.  Un biseau supplémentaire est raboté en partie basse du taquet.  Il s’agira de la surface de collage entre le taquet et la languette.

20160622_212354

Les taquets et les languettes sont collés puis testés (respecter scrupuleusement le temps de séchage pour cet assemblage qui va subir des contraintes), la languette est éventuellement rabotée pour lui faire perdre de l’épaisseur et donc lui faire gagner de la flexibilité.

Noter que tous les taquets sont identiques hormis ceux du chariot de la presse latérale qui n’est que le symétrique de ceux du plateau avant.

Un petit coup de rabot pour chanfreiner les arêtes et on envoie à la finition.

20160623_175824

On est maintenant parés pour tenir les pièces sur le plateau, passons au chariot vertical.

Le chariot vertical

Le chariot vertical est tiré d’une planche préalablement mise à la section.  Une feuillure est pratiquée en bois de bout pour le lien avec le plateau antérieur.

20160409_120125

20160409_123803

Le tracé détermine l’emplacement des trous et la forme globale de la pièce.
La découpe de la forme latérale est réalisée à l’aide de multiples traits de scie qui descendent sans toucher la ligne de base.

20160410_220439

Un travail au ciseau permet d’enlever le gros de la matière.

20160411_202758

La râpe est ensuite employée pour donner la forme de la pièce.  La râpe doit être maintenue bien perpendiculaire à la face pour éviter d’arrondir la surface.

20160411_213907

20160411_214540

La wastringue puis le racloir sont alors utilisés pour obtenir un état de surface impeccable.

20160411_214639

Une entaille en forme de « V » sur toute la longueur est réalisée sur le dessous du chariot vertical, ce qui lui permettra de glisser sur le rail prévu à cet effet et qui courre d’un pied à l’autre dans le sens de la longueur de l’établi, sur la face avant.

20160411_221820

Un travail au rabot de finition (n°4) puis à la wastringue permettent d’obtenir un état de surface impeccable et de faire le chanfrein qui adoucit le contour de la pièce.

20160414_073026

La fabrication du rail ne présente aucune difficulté: il s’agit de tracer et de raboter de part et d’autre dans la longueur d’une pièce, une double arête chanfreinée qui accueillera le dessous du chariot.  La mise à longueur se fait à la scie à tronçonner et l’ajustement au rabot à recaler.

NB: une fois huilé, la base du chariot sera paraffinée afin d’améliorer le glissement entre le chariot et le rail.

Perçage des trous dans le plateau de l’établi

Aborder la question de la disposition des trous dans un plateau d’établi, c’est un peu comme parler de chamanisme à un carthésien…  C’est fumeux, très fumeux…!
Et c’est d’autant plus fumeux qu’il n’y a pas de règle précise et que donc chaque établi sera sur ce plan très différent.

Il n’empêche que même si chacun a son avis sur la question, et pour éviter que l’établi ne devienne un véritable gruyère, il faudra limiter le nombre de trou au minimum.
Pour celà, il y a quelques paramètres à prendre en contre dont l’emplacement des trous va grandement dépendre:

  • l’espace disponible pour tourner autour de l’établi
  • la porté des valets
  • le type de travail à effectuer

En ce qui me concerne, je suis resté sur deux rangées de deux trous en partie gauche du plateau, permettant de maintenir des pièces de petite ou taille moyenne que l’on pourra travailler en bout d’établi (pour y creuser une feuillure, tronçonner, déligner, etc…).
D’autre part, deux rangées de trous disposés en quinconce sur le demi-plateau postérieur permettra de travailler dans toutes les circonstances sur des pièces maintenues parallèles à la longueur de l’établi.  Par exemple: tarabiscotage sur la longueur d’une pièce, réalisation d’une feuillure ou d’une rainure en bordure de pièce, etc…

20161211_113815

Cependant je ne m’interdis pas de percer une nouvelle rangée sur le demi-plateau avant, pas très loin des taquets…  L’expérience dictera le besoin!

Se pose alors une question cruciale: comment percer et comment percer droit?

Ce n’est pas sorcier: un gabarit réalisé comme suit permet, si tant est que les perçages sont localisés préciséments sur les composants du gabarit et que l’assemblage est bien ajusté, de percer bien d’aplomb dans un magnifique plateau de hêtre de 10cm d’épaisseur, maculé et à la finition huilée parfaite…

20160910_114920

20160910_134726

Autant dire qu’il faut se mettre des coups de pied aux fesses pour percer le premier trou, mais une fois la petite goutte de sueur sur la tempe passée, ça va tout seul…

20160910_134842

Mais c’est qu’il faisait son timide, va…!

20160911_145639

Et puis en cadeau bonus, une petite astuce pour ne pas trop marquer vos pièces avec les valets: utiliser des planches de 6 à 8mm d’épaisseur et de longueur adaptée à votre valet.  La planche est percée d’un trou par lequel on passera la jambe du valet et ce qui permettra d’avoir à demeure avec le valet une cale quasi martyr qui sera marquée à la place de la pièce à immobiliser.

20160910_160322

20160910_162801

Et puis tant qu’on en est à percer: deux trous sont réalisés dans les pieds (volontairement postérieurs pour ne pas interférer avec le chariot vertical) qui permettront de ranger les valets quand ils ne sont pas utilisés.

20161211_114050

Etagère de piètement

Il ne reste plus grand chose pour rendre cet établi parfaitement fonctionnel.  Il faut fermer la partie basse du piètement qui constituera une étagère sur laquelle on pourra à volonté entreposer des outils (le maillet par exemple), des gabarits ou des débits corroyés en attente de façonnage.

J’ai choisi de constituer la partie basse du piètement de trois pièces seulement afin de limiter les feuillures pour accueillir l’étagère aux seules longues traverses du piètement.

Les planches sont tout d’abord rabotées à la section, assemblées à la colle chant contre chant pour constituer les trois pièces.

20160708_114635

L’ensemble est à nouveau raboté pour effacer les excès de colle et les éventuels désaffleurements et mettre les trois pièces à l’épaisseur voulue.

20160725_085924

20160913_094342

 

Les bords de la pièce sont alors mis d’équerre (tracé au tranchet puis tronçonnage à la scie).

20160913_101255

20160913_142021

La finition pour avoir un chant d’équerre se fait à l’aide d’un rabot à angle faible qui excelle sur le bois de bout (pour peu que l’affûtage soit parfaitement propre).

20160913_140620

La continuité d’une pièce à l’autre se fait à l’aide d’une feuillure (l’établi n’est pas une œuvre d’art: aucune nécessité de faire un assemblage par rainure et languettes, on vise la simplicité d’exécution).

Une feuillure de part et d’autre de la pièce centrale est réalisée en prenant en compte le fait que les pièces externes seront utilisées pour la mise à la longueur de l’ensemble.

20160913_095357

20160913_101645

20160913_113240

Les pièces extrêmes reçoivent des encoches pour contourner les poteaux.
Rien de bien méchant à faire: présenter les pièces déjà mises à la longueur en face des poteaux, reporter la position des poteaux à l’aide d’un tranchet.  Utiliser le jeu latéral de la pièce dans les feuillures sur les longues traverses du piètement pour obtenir du jeu dans les encoches des poteaux.
La longueur des encoches sera prise à l’équerre à renvoi réglable.

On trace, on marque au ciseau à bois, on découpe et le tour est joué…!

20160915_084839

20160915_085207

20161211_114142

Maintenance à réaliser sur l’établi

Une fois l’établi réalisé, le plus dur est fait…!

Néanmoins, comme tout outil, il nécessite une petite opération de maintenance calendaire pour qu’il conserve sa fonctionnalité pendant des années.
Rien de bien méchant: seul un petit huilage des mécanismes, une fois tous les ans, ainsi qu’un rabotage très fin du plateau seront nécessaires sur la planéïté du plateau a bougé (suivi bien évidemment d’une application de 4 ou 5 couches d’huile de tung pour rendre sa dureté à la surface).

Critique de la conception et de la réalisation

Alors si c’était à refaire, on referait quoi???

Ben tout d’abord, je me garderais un peu plus de gras sur l’épaisseur du plateau.  10cm c’est bien mais c’est vraiment un minimum.  12cm serait mieux dimensionné…

Tant qu’on en est à des questions de dimension, je rajouterai un petit 5cm à la hauteur de l’ouvrage.
Et pourquoi donc?
Ben juste pour essayer…!  Et parce que s’il y a du gras, on peut toujours couper pour raccourcir les pieds.  L’inverse est plus difficile.

Et puis j’utilise des rabots en fonte pour lesquels le poids propre de l’outil fait mordre son fer dans le bois, au contraire des rabots en bois sur lesquels il faut un peu plus appuyer pour que le fer morde et qui nécessitent donc que l’on adopte une position un peu plus en pression au dessus du rabot.
La géométrie de l’établi sera donc inévitablement affectée par le type de rabot que l’on utilise: les « raboteurs en fonte » pourront avoir un établi un tantinet plus haut que les « raboteurs en bois ».

Autre point d’amélioration: je tenterai de m’y prendre mieux sur le perçage dans le bloc de bout et le bout du plateau.  En effet, le filetage du boulon n’a pas bien accroché dans le filet de l’insert et je ne suis pas parvenu à mettre le boulon au contact du blog, fragilisant par la même l’assemblage qu’il est censé renforcer…

Enfin, si c’était à refaire?  Eh ben je collerai les queues d’arondes au bloc de bout du plateau.
Quoi???
Tu n’as pas collé les queues???
Avec tout l’effort induit par le serrage des pièces à l’aide du chariot des taquets, tu n’as pas pensé à coller ton assemblage???
Ben non…  (et là, j’ai la tête basse et les oreilles pendantes et des yeux de cocker).
Bon, visiblement, ça tient…  mais il va bien entendu sans dire que ç’aurait été mieux avec…!

Tout ça, ce sera quand je me serai décidé à allonger le plateau pour passer de 2 mètres à 3m!!!

Conclusion

C’est un super ouvrage, long à réaliser (deux ans au total mais certainement 1 bon mois de travail effectif), parfois fastidieux mais c’est l’ouvrage idéal pour s’attaquer à un bon projet de menuiserie…
C’est vrai…  Sous ses aspects un peu rustres, un peu grossier, il nécessite tout de même de mettre en place des techniques sommes toutes importantes et qu’il faut maîtriser pour le travail du bois: entailles à mi-bois, lamellage, feuillures, queues d’arondes borgnes, tenon-mortaises chevillés, etc…

Il reste qu’une fois l’établi fabriqué, on dispose (enfin!) d’un outil extraordinaire qui rend beaucoup plus vaste le champ des possibles et surtout permet de travailler dans des conditions bien plus agréables!

Alors d’ici à ce que vous ayez un établi dans votre atelier/cuisine/salon, il n’y a qu’un pas qui, vous le voyez, est très facile de franchir…
Et si d’ici là vous avez des questions sur la fabrication ou tout autre commentaire sur l’article, n’hésitez pas, je me ferai un plaisir d’y répondre!

 

Article T2Woodworks: Roubo

 

Publicités

3 réflexions sur “Roubo

  1. Salut,
    ton établi ainsi que le reportage de sa réalisation sont formidables ! Je suis tout autant épaté par le travail que tu as effectué pour fabriquer ce beau roubo que par ce partage de connaissances dont tu nous gratifies. Un grand grand merci à toi !
    Un lecteur émerveillé.

    • Merci beaucoup Vincent pour ton retour 😉
      Je souhaite continuer à produire des articles de cet acabit pour les réalisations à venir.
      Alors n’hésite pas à t’abonner ou à revenir de temps à autre sur ce blog.
      Tu y seras toujours le bienvenu!
      Sébastien

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s