Anarchist Toolchest

Anarchist toolchest, un coffre à outil pour ranger… les outils!

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Matériaux

  • Planches de pin raboutées (acheté en GSB) de 18mm d’épaisseur
  • Petit carrelet de pin (10x10mm)
  • Tasseaux de pin (50x25mm)
  • Charnières (3x)
  • Compas de couvercle 2x
  • Clous
  • Vis
  • Colle

Outils à main

  • Scie à dos à tronçonner
  • Scie à dos à déligner
  • Scie à dos à queues d’aronde
  • Scie à chantourner
  • Rabot n°5 1/2
  • Rabot de paume
  • Rabot à recaler
  • Planche à recaler
  • Feuilleret
  • Guillaume
  • Guimbarde
  • Rabot à rainures
  • Tarabiscot
  • Râpes à bois
  • Vilebrequin
  • Forets
  • Serre-joints
  • Ciseaux à bois
  • Maillet
  • Marteaux
  • Trusquin
  • Pointe de centrage
  • Tranchet
  • Compas à pointes sèches
  • Fausse équerre
  • Équerre à renvoi
  • Crayon
  • Réglet métal

Outillage électroportatif

  • Ponceuse
  • Abrasif
  • Scie circulaire
  • Perceuse/visseuse

Conception

A GROS projet, GROS article…!

Alors allez vous servir un grand verre d’eau, sortez une bonne bière du frigo, éteignez vos portables, on attaque là un projet qui envoie du lourd: la fabrication d’un coffre à outils

C’est que je commençais à accumuler des outils qui traînaient à droite, à gauche et rangés (parce que la grammaire française impose un verbe ici mais rangé serait un euphémisme) dans moult cartons différents, eux-même éparpillés dans toute la pièce…  Évidemment, impossible de mettre la main sur cet outil spécifique dont on a absolument besoin immédiatement, pour cette opération si particulière…
L’outil, lui, se cache on ne sait où et c’est lui qui doit siroter sa bière en lisant un article de T2woodworks!

Il me fallait une coffre à outil digne de ce nom pour mettre un peu d’ordre dans mes outils et les avoir à porté de main.
Les outils électroportatifs, eux, je les rangerai à un autre endroit.
Pour les serre-joints, je prendrai le temps de fabriquer des étagères tandis que les outils d’affûtage et d’entretien lourd auront leur caisse bien à part.

Alors ça fait maintenant quelques temps que je navigue sur internet à fouiller pour comprendre les tours de main, pour appréhender la matière bois et apprendre les techniques de fabrication.

Et lors de mes pérégrinations sur la toile, je suis tombé sur un auteur Américain, Chris Schwarz, un journaliste de formation, passionné de bois, auteur incontournable outre atlantique dans ce domaine.  Il travaille le bois à la main et a fondé la maison d’édition lost art press orientée sur ce type de pratique, qui, sans des personnes de sa trempe, basculerait certainement dans l’oubli.

Outre les DVDs qu’il a sorti et où il développe les techniques qu’il met en oeuvre lors de ses réalisations, il a écrit et transcrit de nombreux ouvrages, anime un blog et collabore régulièrement avec des magazines sur le travail du bois (popular woodworking).

Voici l’idée qui sous-tend sa démarche:

Nous travaillons généralement seuls [NDLT: en parlant des personnes qui travaillent le bois], produisant des objets qui sont le seul résultat de nos outils, de notre réflexion et du travail de nos mains.  Ces objets rabattent le caquet aux outils à bas prix, produits à grande échelle et que l’on trouve dans les magasins discount de bricolage.  Ces outils-là ne sont bons qu’à travailler de la diarrhée de thermite.
Nous, nous sommes fiers que nos meubles soient d’un autre niveau que ceux dont on gave la masse.
Et si le fait de travailler le bois peut sembler désuet, une pratique d’un autre temps, c’est de nos jours un acte rare et radical.

Quand toutes ces idées ont convergé chez moi, il m’est devenu évident qu’il me fallait fabriquer des meubles avec moins d’outils, certes, mais de meilleure qualité.  Il me fallait fabriquer ce que l’on ne peut acheter.  Il me fallait fabriquer des choses qui requièrent plus de l’habileté  et de tour de main que d’argent sur un compte en banque.  Et puis je ne voulais pas être complice de ce système qui pousse sans cesse à la consommation.

Christopher Schwarz

 

Et puis son coffre à outil, « the anarchist toolchest », est non seulement extrêmement bien pensé mais s’avère être un outil à part entière dans un atelier orienté travail du bois à la main.

Je me suis donc mis à lire son bouquin The Anarchist tool chest.  C’est un ouvrage dont hélas aucune traduction en français n’existe à ce jour.  Néanmoins, et pour qui lit un peu l’anglais, il reste abordable en dehors de quelques expressions idiomatiques un peu exotiques et propres à l’autre côté de l’atlantique.

Il part du principe que seule une poignée d’outils à main est nécessaire pour réaliser l’immense majorité des ouvrages en bois.  Nul besoin du « LAtestJIG » qui sera de toute manière dépassé puisqu’un « NExtGenJIG » sortira un peu plus tard et rendra inévitablement le premier désuet…

Selon Schwarz, et après avoir fait le tour de la question dans la littérature consacrée (il l’a vraiment fait!), 50 outils sont nécessaires pour mener à bout la vaste majorité des réalisation.
Il en donne donc la liste et les passe en revue un à un pour en décrire l’utilisation.  C’est la première partie du bouquin.

En deuxième partie de livre, il explique comment fabriquer un coffre à outil.  Et c’est sur cet ouvrage que je me suis largement appuyé pour fabriquer le mien.

La construction de ce coffre est simple.  Ce sont quatre planches verticales tenues par des queues d’aronde qui s’emboitent dans l’axe de la largeur du meuble et qui constituent la carcasse du coffre.  Le coffre est renforcé par deux couronnes, l’une supérieure et l’autre inférieure, assemblées chacune à l’aide de queues d’aronde également mais qui contrairement aux queues d’aronde de la carcasse, s’emboitent selon l’axe de la longueur du coffre.
Ainsi, une fois collé et assemblé, le coffre devient indestructible.

toolchest assemblé

Le fond se compose de planches simplement clouées sur la carcasse.  Il est repris par cloutage sur les côtés par la couronne inférieure.

Des patins sont ajoutés au fond pour surélever le coffre du sol et éviter aux outils la noyade en cas de dégât des eaux.

Le couvercle est un assemblage classique d’un panneau inséré dans un cadre, lui-même entouré d’une couronne assemblée à l’aide de queues d’arondes (c’est un peu la thématique de la réalisation: le coffre est né sous le signe de la queue d’aronde!).
Le couvercle est fixé au coffre à l’aide de 3 charnières et maintenu par des compas qui limitent son déplacement au delà de la verticale.

Le fond du coffre qui correspond à la moitié de son volume est cloisonné, avec une partie aménagée pour ranger les scies, une partie pour des rabots à moulure et une partie pour les rabots classiques.  L’autre moitié sera occupée par trois tiroirs coulissants dans le sens de la largeur.  Ces tiroirs superposés vont reçoivent les outils les plus utilisés en haut et les plus volumineux en bas.

coffre éclaté

J’ai utilisé des planches de pin rabouté pour la fabrication du coffre, à l’exception des glissières sur lesquels coulissent le tiroir ainsi que des petits inserts en dessous de leur flancs qui seront en chêne: le chêne est bien plus résistant à la friction que le pin et vieillira bien mieux.

Si les grandes lignes sont maintenant claires, on passe à la réalisation…

Fabrication

J’ai fait le choix d’utiliser des outils à main pour me frotter à ces techniques de fabrication un peu particulières.  Ainsi, l’emploi d’électroportatif reste cantonné à la découpe des panneaux, au ponçage et au perçage de précision, on verra ça plus loin…

Première étape, la carcasse

Après avoir débité les quatre planches qui composent la carcasse à la scie circulaire, il s’agit d’attaquer les queues d’aronde qui feront la liaison aux quatre coins de la boîte.

On commence par tracer la ligne de base correspondant à l’épaisseur de la planche qui sera liée à la notre par l’assemblage, épaisseur que l’on augmente de deux millimètres (vous verrez par la suite pourquoi, en revanche, tenir compte de cette surcote à la mise à longueur de la pièce).  Ensuite on détermine l’emplacement des queues à l’aide de compas à pointe sèche puis on peaufine le traçage à l’équerre (sur le bois de bout) et à la fausse équerre sur les deux faces.

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Ensuite, on passe au sciage.  La découpe doit être parfaitement propre et si une erreur de quelques degrés sur l’angle de la scie par rapport à la verticale ne va pas ruiner le projet, il est impératif pour avoir un assemblage propre que la découpe soit parfaitement d’équerre.  Avec un peu de pratique, ça vient!

Il faut aussi veiller à ne pas scier en dessous de la ligne de base.  Pour cela, on incline la scie vers le haut et on peut arrêter quand les dents l’atteignent.  On place le regard de l’autre côté de la planche et on termine la découpe en vérifiant à nouveau de ne pas mordre la ligne de base sur la face opposée.

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Une fois toutes les découpes faites, il faut vider l’interstice entre les queues à la scie à chantourner en prenant soin de ne pas mordre à nouveau sur la ligne de base.  Avec un peu d’expérience, on s’en approche beaucoup sans jamais l’atteindre, ce qui facilite grandement le travail de finition au ciseau à bois.

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On s’appuie sur le trait laissé par le trusquin sur la ligne de base à l’aide d’un ciseau à bois pour nettoyer les interstices et terminer le façonnage des queues.

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Le bois que j’ai employé est de mauvaise qualité et de forte croissance.  Ainsi, l’écart entre les cerques est trop grand, ce qui fragilise sa structure et engendre des arrachages au travail du ciseau à bois…  Il m’a fallu souvent récupérer tout ça en recollant le morceau à la colle à bois.  C’est laborieux…

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Une fois les queues façonnées, on met un petit coup de feuilleret pour créer une légère feuillure d’un millimètre de profondeur et qui cachera l’assemblage quand on regardera depuis l’intérieur du coffre.

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Les queues sont finies, on passe aux tenons.

Il s’agit tout d’abord de présenter les queues sur le bois de bout des planches qui vont recevoir les tenons et de les transcrire scrupuleusement.  Certains le font au tranchet mais le tranchet ne marque pas très bien en bois de bout.  J’utilise donc le crayon en veillant à ne pas mordre le trait avec les dents de la scie lors de la découpe.
Au cours de cette réalisation, j’ai perdu une planche entière en découpant les tenons du mauvais côté du trait de crayon: l’assemblage était complètement lâche.  Pour palier à ce type d’erreur, il suffit de marquer les chutes d’une croix sur chacune des faces…

La prochaine fois, je n’oublierai pas!

Ensuite on trace une autre ligne de base à l’aide d’un trusquin  (toujours à une distance du bois de bout égale à l’épaisseur de la planche complémentaire à laquelle on ajoute deux millimètres – le suspens reste entier!) et on renvoie les lignes des queues transposées sur le bois de bout vers la ligne de base à l’aide d’une équerre à renvoi.
J’ai pris le parti pris de repasser au crayon toutes mes lignes tracées au trusquin pour les rendre bien visibles et qu’il n’y ait pas d’ambigüité.

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Ensuite même étape que pour les queues: taille à la scie à queues d’aronde, dégrossissage des interstices à l’aide de la scie à chantourner puis finition au ciseau à bois.
Notez que cette fois le trait de scie doit impérativement être d’aplomb et bien orienté le long du trait en bois de bout.

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Une fois les queues et les tenons taillés, il faut passer à une étape essentielle:  l’ajustement de l’assemblage.

Un premier assemblage à blanc permet d’évaluer l’ajustement.  Et ce n’est que trop rarement bon du premier coup, surtout sur une longueur aussi importante sur laquelle on multiplie les possibilités d’interférence avec le nombre de queues.
Trop lâche, il faut rebuter les pièces et recommencer l’assemblage.  Trop serré, c’est encore rattrapable et on va voir comment…

Un examen visuel permet de détecter les endroits où ça ne passe pas.
Un travail pas à pas au ciseau à bois permet de donner un peu de « mou » aux endroits bloquants.
Dès qu’il est possible d’emboîter partiellement, on procède à l’aide d’un crayon en traçant des grilles sur chacun des côtés des tenons qui seront en contact avec les queues.  Il ne faut pas forcer comme un bourrin en emboîtant l’assemblage au risque de voir le bois de bout se fendre dans la longueur des fibres (partager l’expérience fait grandir la communauté!)…  Ceci dit, l’avantage du pin, c’est que les fibres se compriment très bien et l’ajustement est plus aisé que sur des essences type chêne ou hêtre…!
En couvrant de crayon l’ensemble des surfaces, on augmentera la précision de l’ajustement.  Un nouvel assemblage à blanc puis un désassemblage permet de détecter à l’œil les endroits où ça force: le trait de crayon est mâché.  Il suffit alors de retirer un fin copeau au ciseau à bois sur chacun des endroits où l’assemblage est serré et de retenter le coup jusqu’à obtention d’un assemblage parfait.
Il est important de procéder par étape, de ne travailler que sur les queues ou les tenons (les tenons sont bien plus accessibles) et de n’enlever que de fins copeaux: on n’a pas encore inventé le ciseau à remettre du bois et ça se joue toujours à quelques dixièmes de millimètres!

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On passe alors aux trois autres assemblages pour lesquels on procède bien évidemment de façon similaire pour obtenir la base de la carcasse.

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Et c’est maintenant que le voile se lève sur une intrigue insoutenable à l’instar de la fin des épisodes de Derrick: à quoi servaient donc ces deux millimètres que l’on ajoutait au trusquin pour tracer la ligne de base des queues et des tenons?
Eh bien c’est exactement la distance dont vous devriez voir dépasser vos queues et vos tenons pour les assemblages.  Cette surlongueur va pouvoir être rabotée au rabot de paume pour faire un assemblage parfaitement ajusté.

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Le bois utilisé reste de très mauvaise qualité et de nombreux arrachements se produisent, obligeant à faire des pauses régulières de 12 à 24 heures pour recoller le morceau qui s’est fait la malle.  Ce que j’ai gagné à l’achat du bois, je le perd en temps de réparation…

Une fois cet affleurement réalisé sur chacune des faces, la carcasse est terminée et on peut passer à la fabrication et l’assemblage du fond du coffre.

Deuxième étape, le fond

Le fond est constitué de planches dont les chants sont feuillurés, d’un côté sur le dessus, de l’autre sur le dessous, et dont le fil est orienté perpendiculairement au grand axe du coffre.

Là, pas de mystère, on va utiliser LE rabot conçu pour cette tâche: le feuilleret.
Il s’agit d’un rabot dont la lame est biaise et qui plaque le rabot contre le flanc de la feuillure au fur et à mesure de son avance.  Pour peu que la profondeur et la largeur de la feuillure soient bien réglés, pour peu que les vis de réglage soient bien serrées, et que l’outil soit tenu bien verticalement pendant les passes, la feuillure est propre et ne nécessite pas forcément de retouche au guillaume.

Les pièces du fond sont donc façonnées.

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Les deux planches placées à l’extrémité ne seront feuillurées que d’un côté.

Elles sont ensuite mises à la longueur avec un rabot à recaler et clouées sur les chants des planches constituant la carcasse.

Trois tasseaux préalablement mis à la longueur sont cloués et donnent au coffre un peu de garde au sol.  Les tasseaux sont d’ailleurs aisément remplaçables.

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On passe maintenant à la réalisation des couronnes.

Troisième étape, les couronnes

Les couronnes supérieures et inférieures du corps du coffre ainsi que celle du couvercle sont réalisées de la même manière: mise à la longueur (avec toujours la légère surcote), taille des assemblages (queues d’arondes – queues en premier lieu puis tenons) puis collage.

Il faut noter que si les longues planches du corps du coffre reçoivent les queues, ce sont les planches courtes des couronnes qui les recevront.  Cette conception permet de reprendre dans les assemblages tous les efforts menant à un écartèlement du coffre, et ce quelle que soit la direction.  Le meuble est d’une robustesse à toute épreuve, croyez-moi!

Les planches qui constituent les couronnes sont tout d’abord façonnées: un chanfrein est réalisé sur une arrête,

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et un ornement est réalisée au tarabiscot.

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Les queues sont taillées et on comprend aisément que le tracé précis de la ligne de base sur les pièces à tenon déterminera l’ajustement de la couronne sur le corps du coffre.
Il suffit de présenter les pièces sur le corps du coffre et de reporter les lignes de base directement sur les pièces.

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Il en va évidemment de même pour les pièces à tenon.

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Tout comme pour l’assemblage des planches constituant le corps du coffre, un assemblage à blanc permet un ajustement précis de nos queues d’aronde.

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Bien évidemment l’étape suivantes est le collage des couronnes inférieures et supérieures sur le coffre.

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Les couronnes sont alors clouées en prenant un soin particulier à reprendre le bois de bout des planches du fond.  Ainsi les clous en question travailleront en cisaillement (ce pour quoi ils sont parfaitement adaptés) délestant par la même les clous qui assemblent le fond au corps du coffre qui auraient travaillé à l’arrachement (ce pour quoi les clous ne sont pas adaptés, si l’on excepte les clous torsadés – et ce dans une certaine limite tout de même – ).

Il faut également veiller à laisser une garde au sol de 2 à 3 millimètres pour la couronne inférieure afin que le coffre repose sur les tasseaux et non sur cette dernière.  Veillez également à laisser une garde de 1 à 2 centimètre pour la couronne supérieure afin que le cache poussière du couvercle puisse être efficace.

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Les arêtes sont cassées à l’aide d’un rabot de paume et il est intéressant de voir qu’il n’y a pas de continuité sur le pourtour des couronnes à la décoration au tarabiscot et au chanfrein.  Il reste donc un travail à faire au ciseau à bois sur chacun de ces assemblages pour en rétablir la continuité.

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La partie inférieure du coffre est maintenant achevée.  Il reste à la fermer par un couvercle et à la compartimenter.

Et la suite, ben… c’est tout de suite!

Quatrième étape, le couvercle

Le couvercle, c’est une pièce importante.  Il a pour fonction de clore le volume du coffre et de protéger les outils de la poussière, la poussière étant  un des facteurs d’oxydation des parties métalliques des outils.
Il est composé d’un panneau central dans lequel on a pratiqué une rainure dans le sens des fibres, au milieu des chants et des bois de bout.  Autour de ce panneau, un cadre est assemblé par tenon mortaise traversante et à l’intérieur de ce cadre, une rainure complémentaire au panneau est réalisé.

Coupe couvercle

Sur le pourtour du couvercle, une autre couronne est assemblée qui fera office de cache poussière.  Il s’agit d’une retombée du couvercle qui vient s’appuyer sur la couronne supérieure, rendant plus long le chemin à emprunter par le grain de poussière pour pénétrer au cœur du meuble (on se croirait dans une pub pour lessive, non???!)

J’ai commencé par fabriquer le cadre: ce sera bien plus simple d’ajuster le panneau au cadre que l’inverse!
Les pièces le composant sont découpées et mises à la longueur en utilisant le rabot à recaler.  Une rainure est alors pratiquée sur le chant intérieur de chacune des pièces.

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Les tenons sont découpés grossièrement (au plus près du trait de coupe néanmoins!) en utilisant une scie à tenon et une scie à tronçonner.  Les joues sont ajustées à la guimbarde, ce qui assure une profondeur consistante de la joue sur l’ensemble de sa surface…

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… Tandis que les épaulements sont travaillés avec un guillaume, le guillaume assurant la perpendicularité entre la joue et l’épaulement.

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Il est important de laisser un petit épaulement sur le chant extérieur des tenons.  En effet, la rainure est pratiquée sur la pièce complémentaire et laisse un trou que l’épaulement peut combler.

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Le plateau est ensuite réalisé en collant des planches chant contre chant puis il est mis à dimension et raboté afin de faire disparaître les éventuels désaffleurements qui sont apparus lors du collage.

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La réalisation de la rainure autour du plateau ne présente aucune difficulté si ce n’est de veiller à éviter l’arrachement en bois de bout en pratiquant une entaille au ciseau à bois et en travaillant le bois de bout lorsque les chants sont déjà rainurés (tout arrachement éventuel restera confiné à la partie non visible de la pièce).
Il faut également veiller à toujours utiliser la même face comme surface de référence.

Pour la fabrication des pièces composant la couronne du couvercle, on procède exactement comme les autres couronnes.  Celle ci en revanche ne recevra qu’une seule queue.  La méthode est maintenant connue, je ne m’étends pas trop et prends par là, vous en conviendrez, soin de ceux de mes lecteurs qui commencent à avoir les paupières lourdes 😉

En revanche, c’est maintenant le moment de peindre le corps du coffre et les pièces composant le couvercle qui n’est pas encore assemblé  afin de ne pas retrouver de traces de bois nu à la jonction entre le panneau et le cadre lors des mouvements saisonniers du bois.
Les arrêtes sont cassées au rabot de paume avant d’applique la couleur (on se croirait chez le coiffeur!).
J’ai choisi un vert sombre, couleur plutôt commune en début du siècle dernier et qui colle parfaitement aux lignes quelque peu anciennes du design du meuble.
Une sous-couche pour bois et de la peinture de qualité en trois ou quatre couches devrait suffir pour assurer une tenue respectable dans le temps.  N’oubliez pas le scotch de masquage qui laissera apparent le bois qui dépasse de la couronne supérieure du corps du coffre.  N’oubliez pas non plus de poncer légèrement au grain 220 entre chaque couche pour une meilleure accroche de la peinture.

On procède alors au collage des pièces du cadre et du panneau.  La jonction du panneau avec le cadre ne recevra qu’une goutte de colle au milieu des rainures pratiquées en bois de bout.  Cela permettra la dilatation libre du panneau avec les changements d’hygrométrie par rapport aux montants du cadre dont les fibres sont orientées perpendiculairement.

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L’assemblage de la couronne avec l’ensemble cadre-couvercle se fait par cloutage.  Rien de particulier mais la couronne du couvercle est bien entendu peinte également.

Ensuite il est nécessaire de pratiquer des feuillures non débouchantes qui recevront les battants des charnières.
Trusquin, équerre, tranchet, guimbarde réglée à l’épaisseur des battants de la charnière et pointe à centrer feront l’affaire.

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Les trois charnières sont ensuite écrasées au marteau afin de minimiser son épaisseur dans le meuble, et par là même l’effet de « bâillement » qui se produirait sans cela et qui ruinerait tout effort de contenir la poussière à l’extérieur du meuble.

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Le couvercle est vissé aux charnières qui, elles, seront vissées sur le corps du coffre.  Les compas sont fixés afin d’éviter un basculement du couvercle vers l’arrière lors de l’ouverture, basculement qui engendrerait un moment de charnière destructeur pour le meuble (ce coffre a beau être un tank, c’en est pas moins un tank en bois!!!)

Où est-ce qu’on en est de nouveau dans le processus de fabrication de notre coffre???  Ah oui, le meuble est terminé pour son aspect extérieur, il ferme proprement alors on passe à son agencement intérieur!

Cinquième étape, l’aménagement intérieur

Oui, je sais, ça fait pompeux, un tantinet M6 déco mais le meuble à ce stade n’est rien d’autre qu’un vulgaire coffre.  Libre à chacun d’y ranger des couvertures, des jouets ou de l’aménager pour en faire un coffre à outil…

Pour les deux premières options, je ne vais pas être d’une grande aide et pour la troisième, ben c’est un peu en fonction de chacun et de ses outils.

Pour ce qui me concerne, je me suis grandement inspiré de la conception décrite par Schwarz dans son livre et le fond est divisé en trois compartiments:  une partie pour les rabots à moulure (à venir très certainement), une partie centrale destinée aux rabots et une dernière partie conçue pour ranger les scies.  Le tout séparé par des planches fixées par carrelet et vis sur les surfaces intérieures du coffre.

La seule particularité réside dans les deux pièces évidées en demi-cercle puis fendues qui recevront les scies.  La réalisation se fait à la scie à chantourner, à la râpe à bois et à la scie plus classique.

Au dessus de ce volume, il y a un système de plaques verticales d’épaisseurs décroissante au fur et à mesure que l’on s’élève, réalisées en chêne, collées sur les flancs du coffre et sur lesquelles trois tiroirs viendront coulisser.

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Les arêtes vives des plaques en chêne sont arrondies au tarabiscot ce qui leur confère une meilleure résistance aux chocs qu’une arrête vive.

Vient alors la réalisation des tiroirs.

Ils sont conçus chacun de 4 planches verticales assemblées à nouveau à l’aide de queues d’arondes (attention, veiller à bien positionner les queues sur les planches de petite taille afin que l’assemblage se verrouille proprement lorsque l’on tire le tiroir).
Une rainure non débouchante accueillera un plateau qui constituera le fond du tiroir.  Enfin des passages pour les doigts seront réalisés pour permettre un maniement aisé des tiroirs lorsqu’ils sont superposés.

Le tiroir est légèrement surdimensionné en largeur pour être ajusté par la suite.  En effet, contrairement à ce que l’on pourrait croire, plus le tiroir est ajusté, mieux il coulissera…  Surprenant, non???

En tous cas, les différences avec les plans de Schwarz résident dans la profondeur horizontale des tiroirs et dans l’essence employée: tandis que les tiroirs originaux occupent un tiers de l’espace dans lequel ils peuvent coulisser et qu’ils sont réaliser en chêne pour en améliorer le vieillissement, j’ai choisi de dimensionner les tiroirs à la moitié de l’espace de coulissage et d’utiliser les planches en pin raboutées que j’ai à disposition.
Je vais néanmoins y mettre des inserts en chêne au niveau de l’interface avec les rails, sur le dessous des flancs, pour profiter des propriétés de longévité à la friction de cette essence.

Une fois les pièces débitées et les queues taillées,

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on passe à la réalisation des rainures non débouchantes.  Le ciseau à bois est employé pour marquer les bords des rainures,

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et la guimbarde est utilisée pour mettre le fond de la rainure à la profondeur voulue.

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Un assemblage à blanc permet de s’apercevoir que dans les coins, la queue rentre en interférence avec la rainure et, après avoir délimité le petit bout de matière à ôter, il est nécessaire de retravailler le tout au ciseau à bois afin que le plateau puisse s’ajuster parfaitement.

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J’ai choisi de compartimenter le tiroir supérieur en trois parties tandis que le tiroir médian est divisé en deux parties.  Pour cela, des séparateurs, assemblés aux côtés du tiroir en bois de bout à l’aide de queues d’arondes, seront parfaitement adaptés pour reprendre l’effort en traction que l’on exerce sur le tiroir et sur l’ensemble de sa structure quand on le tire.
Il reste néanmoins, et le détail n’est pas des moindres puisque c’est une grande première, à creuser des rainures qui accueilleront les queues d’aronde dans les côtés du tiroir.

Un petit pas à pas pour illustrer la méthode:

Tracé des rainures évasées (équerre, tranchet et fausse équerre),

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Marquage des traits à l’aide d’un ciseau à bois,

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Évidage du bout de la rainure,

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Marquage des flancs de la rainure au ciseau à bois,

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Évidage dans le sens du fil et approfondissement de la rainure,

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Dès que le ciseau peut pénétrer dans la rainure, évidage dans le sens perpendiculaire au fil du bois et mise à la profondeur.

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Un montage à blanc permet de une vérification de l’ajustement de l’assemblage.

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Les fonds sont dimensionnés pour aller se caler dans le fond des rainures avec un jeu transversal de 3mm pour reprendre la dilatation du bois due aux changements d’hygrométrie.
Une feuillure est réalisée sur le pourtour au feuilleret pour laisser une languette dont l’épaisseur est égale à la largeur de la rainure pratiquée dans les parois du tiroir.

Une fois toute les pièces façonnées, il ne reste plus qu’à coller les différentes parties du tiroir.

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Les queues et tenons, légèrement dépassants, sont rabotés au rabot de paume pour devenir affleurants et le tiroir est alors ajusté sur les flancs pour rentrer dans le coffre (au rabot ou à la ponceuse).

Les parties inférieure des flancs des tiroirs en appui sur les rails du corps du coffre reçoivent une feuillure qui sera comblée par une baguette de chêne pour améliorer la longévité des tiroirs à l’emploi.
Une fois l’insert réalisé, je passe un savon de parafine sur le chêne pour en diminuer le frottement.

La dernière étape dans la fabrication du meuble, c’est la réalisation de poignées pour manipuler confortablement les tiroirs.  En fait, de poignées, il s’agit de trous dimensionnés à mes doigts.

J’ai choisi un dessin simple.

Après le tracé,

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Deux trous sont percés (à l’aide d’un gabarit pour assurer la verticalité) et d’une cale martyr maintenue par des serre-joints évite l’arrachage des fibres lorsque le foret débouche.

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La base de la poignée est tracée au tranchet et marquée au ciseau à bois.  Des traits de scie verticaux viennent fragiliser la chute…

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…que l’on retire avec un ciseau à bois.  Grossièrement tout d’abord en prenant garde à l’implantation des cerques…

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Puis en se rapprochant de la ligne de base

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On termine la descente à la ligne de base tandis que les coins, un peu vifs à mon goût, sont cassés à la râpe à bois, et…  Et?

Eh ben c’est fini!!!

Quoi?  On était dans le feu de l’action et…  et plus rien???

Ben non: c’était les derniers détails et le coffre est terminé!!!

Il ne reste plus qu’à y disposer les outils et puis faire deux/trois photos pour T2 woodworks!

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Le résultat est très satisfaisant et je l’utilise maintenant régulièrement.  Il est pratique, fonctionnel et, mis à part des outils encombrants (grande équerre, scie à cadre, équerre anarchiste, etc…), il concentre tous les outils essentiels à la réalisation d’un ouvrage en bois.  Avec un peu de pratique, chaque outil aura sa place…  Plus besoin de chercher le rabot qui traîne au fin fond de la pièce, caché sous le tas de chutes, et ça, dans un atelier, c’est juste essentiel!

 

Critiques sur les choix de fabrication

Parce que réfléchir sur les erreurs commises peut éviter à d’autre de les commettre, voici une petite critique des choix que j’ai fait lors de la fabrication de ce meuble.

Après un peu d’utilisation, il apparaît que ce coffre présente 3 défauts…

Les compas

Aucune question quant à l’utilisation de compas.  Ou de chaînettes pour retenir le couvercle.
C’est nécessaire et essentiel pour la survie de votre coffre en cas de rabattement du couvercle de l’autre côté.

En revanche, j’ai un peu négligé l’installation d’un des compas qui rentre en interférence avec le rebord du tiroir supérieur lorsque je referme le couvercle.
Concrètement, malgré la réalisation de feuillure sur le dessus du flanc du tiroir supérieur qui a permis de dégager suffisamment d’espace pour le compas de gauche,  je suis obligé de ramener le tiroir près de moi avant de refermer le couvercle sous peine de ne pas pouvoir le faire…  Ca se joue à un poil de cul de mouche plié en quatre et c’est dommage!

Poignées

Les poignées???  Essentielles à l’ergonomie du coffre!
Et comme vous l’avez certainement constaté, j’ai équipé un tiroir de deux poignées…  On a bien deux mains, non???
Eh ben non…

Et les deux poignées sont parfaitement inutiles: on s’appuie sur le rebord du coffre avec une main pour aller chercher les outils et manipuler les tiroirs de l’autre…  Le fait que les deux poignées sont par définition excentrées induit un moment, lorsque l’on tire le tiroir, qui a tendance à mettre le tiroir en travers et donc à augmenter la résistance à son déplacement…

Largeur des tiroirs

Et tant qu’on en est à parler des tiroirs, parlons de leur largeur…

Comme évoqué plus haut, Schwarz utilisait pour chaque tiroir un tiers de la surface de déplacement.  Pourquoi donc choisir le tiers…?
Ce n’est pas par pur esprit de contradiction mais bien pour en augmenter la capacité que j’ai choisi de dimensionner mes tiroirs à la moitié de leur surface de déplacement.

A tort…

En effet, les tiroirs sont certes plus grands donc d’une capacité de stockage supérieure, mais il est nécessaire d’effectuer deux manipulations au minimum pour accéder aux outils placés dans le fond du coffre.  Deux déplacements de tiroir, contre une manipulation maximum pour les tiroirs de Schwarz lorsque les trois tiroirs sont placés dans une configuration escalier à chacun des tiers de leur course de déplacement (regardez donc cette vidéo, à partir de 20:00).

Mais ce n’est pas tout: la largeur de mes tiroirs est telle qu’elle interfère avec l’extraction de gros rabots placés en fond de coffre et il me faudra faire de la contorsion pour aller chercher le n°8 en fond de barque…  Il y a là de la marge pour améliorer l’ergonomie.

On verra à l’usage…

Conclusion

Ce coffre reste néanmoins un projet majeur et un très bel outil à fabriquer soi-même pour équiper son atelier.

A bientôt!

 

Article T2Woodworks: Anarchist toolchest

 

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2 réflexions sur “Anarchist Toolchest

  1. Pingback: Anarchist Toolchest | T2 WoodWorks

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